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Toutes les histoires

Souvenirs de la garde-robe de la Maison d’Arenberg

De bien des manières, cette famille a joué un rôle majeur dans la société. Composée de grands propriétaires terriens et miniers, la lignée d’Arenberg est devenue un acteur économique très influent. À d’autres moments de l’histoire, c’est un grand pouvoir politique que cette famille de la noblesse a exercé.

Au fil des siècles, la lignée d’Arenberg s’est révélée être une lignée d’amateurs d’art passionnés et de collectionneurs acharnés, dont la collection, de par son ampleur et sa qualité, s’est imposée à son apogée parmi les plus belles du monde. Des chefs-d’œuvre de Rubens, Jordaens, Véronèse et Dürer sont ainsi rassemblés dans le cadre de cette exposition.

Garderobe de la famille Arenbergs
MoMu Antwerp

Un des joyaux de l’exposition est sans conteste l’impressionnante garde-robe que la famille Arenberg s’est constituée au fil des siècles. Le M-Museum a fait appel à l’expertise du MoMu, dont l’équipe de collection a pris en charge le mannequinage et créé des bustes sur mesure pour l’occasion.

Nous créons, entièrement à la main, des bustes sur mesure pour les 17 pièces de la collection. Pour ce faire, nous utilisons du fosshape, un nouveau type de polyester que nous modelons autour d’un modèle existant et que nous réchauffons ensuite à la vapeur. Après cela, nous remplissons ces nouveaux bustes pour leur donner la forme exacte du costume historique. C’est pour nous une expérience unique car cette technique n’a pas encore été souvent utilisée en Belgique.

Kim Verkens, Conservatrice textile du MoMu

Les mannequins doivent donc être parfaitement adaptés aux pièces de la collection. Kim : « Au-delà de l’aspect esthétique, c’est aussi une nécessité pour certaines pièces plus délicates. Pour ces pièces extrêmement fragiles, nous fabriquons d’ailleurs des répliques en calicot dont nous habillons les mannequins. Cela nous permet de ne pas toujours devoir manipuler ces pièces délicates. »

La garderobe

Dans les année 1950, le duc Engelbert-Charles fit don à l’Université de Louvain d’une collection de costumes qui avaient servi de garde-robe théâtrale au château d’Heverlee à la fin du XIXe siècle. Elles rappellent que le théâtre était un loisir prisé par l’aristocratie et illustrent le mode de vie de la Maison d’Arenberg sous des aspects différents.

Nous avons donné la parole à Anne Verbrugge, curatrice de l’exposition et collaboratrice Patrimoine artistique et Archives de l’Université de la KU Leuven, pour nous parler de cette garde-robe avec un extrait de la publication « Arenberg. Portrait d’une famille, l’histoire d’une collection », éditée chez Brepols à l’occasion de l’exposition « Le pouvoir et la beauté. Les Arenberg » au M-Museum Leuven.


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Une partie de la collection se compose d’authentiques costumes ducaux, principalement de l’époque de Louis-Engelbert (1750-1820) et de Prosper-Louis (1785-1861). Les plus remarquables sont les « habits à la française » ou du moins des éléments de ces costumes en riches étoQes de soie avec des broderies raffinées, destinés aux solennités. Certains datent de l’Ancien Régime, mais aussi du début du XIXe siècle, lorsque Napoléon remet à la mode le vieux costume trois-pièces brodé dans une forme légèrement diQérente et décoré de manière exubérante, lorsqu’il rétablit le costume de cour.

Une rareté réside dans un ensemble datant de la fin du XIXe siècle d’une douzaine de tissus de taQetas ou de satin de soie non coupés, avec des pans de devant, des cols, et des boutons de gilets d’hommes brodés, tous de couleur ivoire à l’exception d’un exemplaire bleu plus ancien, datant de 1760 environ. Une gravure de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert montre l’atelier d’un brodeur : on y voit comment les lés de soie sont tendus sur un métier en vue de les broder. Une fois brodés, ces lés partent chez le tailleur, qui en fait des gilets – dont le dos et la doublure sont exécutés en tissus moins coûteux. Quelques costumes de tous les jours, en velours de soie brun, aubergine et rouge (vers 1810-1820) viennent de la garde-robe du duc aveugle, comme il en ressort de quelques portraits. La mode féminine est représentée par quelques pièces hors du commun de styles fin Empire et de l’époque du Royaume-Uni des Pays-Bas, dont l’objet le plus remarquable est une robe en deux pièces en tulle de soie brodée d’or et de lamelles de cuivre doré, une robe de cour littéralement scintillante, que l’on date d’entre 1817 et 1823. À moins qu’il ne s’agisse d’une robe de mariée ? Dans ce cas, il est fort possible que l’élu de celle qui la portrait arborait la veste tout aussi scintillante, avec gilet et broderies d’or et d’argent, qui se trouve aussi dans la collection. Fait rare : une robe de deuil en soie noire de la même période, avec la taille haute typique du style Empire et des manches très longues auxquelles sont nouées des rubans de soie, montre la transition entre l’ample et confortable robe Empire et la mode romantique des années 1830 avec ses manches à gigot. Une robe du soir avec un décolleté profond et des manches courtes en tulle brodé de soie et du satin de soie en applique (vers 1815-1820) est portée sur un fond de robe plus moulant, avec des gants montants et de petites chaussures plates en cuir ou en satin.

Du XIXe siècle proviennent quelques robes Belle Époque avec leur silhouette en S, contemporaines de l’épouse du duc Engelbert-Marie, née Hedwige de Ligne (1877-1938). Enfin, quelques costumes non européens reprennent du service en tant que costumes de théâtre : entre autres, des vêtements nord-africains en étoffes de soie rouge-or, brodées d’or et d’argent, qui rappellent les tableaux d’Eugène Delacroix (1798-1863) ou de Lawrence Alma-Tadema (1836-1912). Il n’est pas exclu qu’Hedwige de Ligne les ait ramenés de Constantinople, comme le prouve ce portrait datant de 1900 où on la voit dans une tenue orientale similaire. Tout aussi exotiques, une cape et une parka des îles Aléoutiennes, l’archipel au sud-ouest de l’Alaska. Le tout forme une collection de textile unique en son genre qui illustre les aspects variés du monde élitaire de la Maison princière d’Arenberg. On sait trop peu que l’Université de Louvain conserve ces costumes et textiles – et bien d’autres – des Arenberg : la collection rassemble environ 250 pièces des XVIIIe et XIXe siècles. La collection faisait office de garde-robe de théâtre dans le théâtre privé du château d’Heverlee à la fin du XIXe siècle.

The text contains a passage from "Court and Theater. Souvenirs from the Arenberg wardrobe", published in “Arenberg, portret of a family, story of a collection”, published by Brepols Publishers

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